Auteur/e des éditions gaies et lesbiennes ? Quelle chance.
Evidemment les interviews commencent toujours ainsi : « Vous savez, la réputation des maisons d’édition homosexuelles, c’est de publier des textes… comment dire ? Mauvais. Puisque les bons auteurs ont été pris chez les grands. »
On ne peut pas répondre pour les confrères des autres maisons homosexuelles. Par ailleurs, le catalogue d’un éditeur est forcément inégal. Sans compter que ce qui vous a fait publier un livre n’est pas forcément ce que tel lecteur ou telle lectrice recherche. Mais on doit bien reconnaître quelque chose : en général, les auteurs qui nous adressent un manuscrit l’avaient envoyé ailleurs avant. Ils ont attendu le refus de Gallimard et de Grasset avant de se tourner vers nous à regrets. Qui pourrait leur reprocher d’avoir chercher le soutien de maisons prestigieuses, heureusement dotées d’un circuit de diffusion performant et d’un service de presse qui fait table ouverte pour tout Saint-Germain des Prés ? Entrer chez tels éditeurs vous assure plus ou moins de pouvoir ajouter « écrivain » sur votre carte de visite sans être accusé d’être un usurpateur.
Cette question de légitimité est taraudante. Agaçante pour nous comme pour les auteurs, d’autant que le soupçon a autant cours dans la presse gaie et lesbienne. Cependant les avantages des petites maisons, gaies ou pas, lesbiennes ou pas, ne sont pas négligeables. Au milieu des quelque 700 nouveautés de la rentrée, puis autant en janvier, la plupart des auteurs sont noyés dans la masse, y compris dans ces grandes maisons où on ne serait pas loin de leur attribuer des numéros. Peu de risque dans des maisons où chaque nouveau livre est un événement. Certes, on n’invite pas au Flore. Mais on boit le café à la maison. Les ventes moyennes d’un nouveau romancier tournent autour de 500 exemplaires. Nous faisons généralement mieux, voir franchement mieux (même si en ce moment, c’est difficile). Les livres en question disparaissent en quelques semaines des librairies. Grâce aux librairies gaies et lesbiennes, et aux rayons gais, donc à ces libraires qui maintiennent dans notre domaine une politique de fond, la plupart de nos titres restent en circulation pendant plusieurs années.
Les maisons gaies et lesbiennes ne sont pas de mauvaises portes d’entrée pour un jeune auteur. Elles sont par ailleurs le refuge logique des œuvres atypiques, et justement « exagérément gaies ou lesbiennes » (on va y revenir dans le prochain blog)… Une auteure comme Cy Jung en est à son huitième roman à succès, plus ses nouvelles, et s’est constituée un large lectorat avec un passage par KTM, La Cerisaie et nous. Une carrière d’auteur peut donc se construire en nos murs. Dommage que les maisons identitaires ne soient pas sollicitées par des auteurs plus confirmés qui pourraient s’adresser à elles pour publier la part la plus identitaire de leur travail (beaucoup d’auteurs reconnus se plaignent de l’incurie de leurs éditeurs vis-à-vis de l’homosexualité) : ce serait évidemment un bouffée d’oxygène pour eux et pour nous.
