anneetmarine

Thursday, December 07, 2006

Auteur/e des éditions gaies et lesbiennes ? Quelle chance.


Evidemment les interviews commencent toujours ainsi : « Vous savez, la réputation des maisons d’édition homosexuelles, c’est de publier des textes… comment dire ? Mauvais. Puisque les bons auteurs ont été pris chez les grands. »
On ne peut pas répondre pour les confrères des autres maisons homosexuelles. Par ailleurs, le catalogue d’un éditeur est forcément inégal. Sans compter que ce qui vous a fait publier un livre n’est pas forcément ce que tel lecteur ou telle lectrice recherche. Mais on doit bien reconnaître quelque chose : en général, les auteurs qui nous adressent un manuscrit l’avaient envoyé ailleurs avant. Ils ont attendu le refus de Gallimard et de Grasset avant de se tourner vers nous à regrets. Qui pourrait leur reprocher d’avoir chercher le soutien de maisons prestigieuses, heureusement dotées d’un circuit de diffusion performant et d’un service de presse qui fait table ouverte pour tout Saint-Germain des Prés ? Entrer chez tels éditeurs vous assure plus ou moins de pouvoir ajouter « écrivain » sur votre carte de visite sans être accusé d’être un usurpateur.
Cette question de légitimité est taraudante. Agaçante pour nous comme pour les auteurs, d’autant que le soupçon a autant cours dans la presse gaie et lesbienne. Cependant les avantages des petites maisons, gaies ou pas, lesbiennes ou pas, ne sont pas négligeables. Au milieu des quelque 700 nouveautés de la rentrée, puis autant en janvier, la plupart des auteurs sont noyés dans la masse, y compris dans ces grandes maisons où on ne serait pas loin de leur attribuer des numéros. Peu de risque dans des maisons où chaque nouveau livre est un événement. Certes, on n’invite pas au Flore. Mais on boit le café à la maison. Les ventes moyennes d’un nouveau romancier tournent autour de 500 exemplaires. Nous faisons généralement mieux, voir franchement mieux (même si en ce moment, c’est difficile). Les livres en question disparaissent en quelques semaines des librairies. Grâce aux librairies gaies et lesbiennes, et aux rayons gais, donc à ces libraires qui maintiennent dans notre domaine une politique de fond, la plupart de nos titres restent en circulation pendant plusieurs années.
Les maisons gaies et lesbiennes ne sont pas de mauvaises portes d’entrée pour un jeune auteur. Elles sont par ailleurs le refuge logique des œuvres atypiques, et justement « exagérément gaies ou lesbiennes » (on va y revenir dans le prochain blog)… Une auteure comme Cy Jung en est à son huitième roman à succès, plus ses nouvelles, et s’est constituée un large lectorat avec un passage par KTM, La Cerisaie et nous. Une carrière d’auteur peut donc se construire en nos murs. Dommage que les maisons identitaires ne soient pas sollicitées par des auteurs plus confirmés qui pourraient s’adresser à elles pour publier la part la plus identitaire de leur travail (beaucoup d’auteurs reconnus se plaignent de l’incurie de leurs éditeurs vis-à-vis de l’homosexualité) : ce serait évidemment un bouffée d’oxygène pour eux et pour nous.

Friday, November 10, 2006

Les chasseurs de coquillettes


Bon, ici, nous parlons de la vraie vie des éditeurs. Pas de l’Olympe où flottent, pour la postérité, les textes sacrés de nos grands auteurs. Non, de la vie concrète et tragi-comique des petits éditeurs coincés entre artisanat séculaire et concentration industrielle. Les vraies coulisses et leurs petitesses. La nôtre, n’est-ce pas, pas celle des autres.
Dans ces choses inavouables, il y a la question des corrections de texte. Nous faisons régulièrement la mortifiante expérience de voir relever dans la presse gaie et lesbienne le détail des coquilles traînant dans nos livres. Oui, oui, c’est vrai : certains de nos livres sont truffés de coquilles, ou du moins laissent régulièrement échapper ces petites indignités, tenant à une lettre souvent, mais qui restent sur notre conscience comme un trou dans les chaussettes.
Mais pourquoi y a-t-il autant de coquilles aux éditions gaies et lesbiennes ?
Parce qu’il n’y a pas de correcteur/trice chez nous. Mais pourquoi insisterez-vous ? Parce que lorsque nous avons créé cette entreprise, nous avons décidé que nous y exploiterions personne que nous-mêmes et que nous n’avons jamais eu les moyens de payer un/e correcteur/trice à un prix décent.
On connaît mal ce métier. On n’en mesure mal l’importance. Pourtant un correcteur de valeur, c’est un allié extraordinaire pour l’auteur. Nous le savons, nous qui avons fait l’expérience cruelle mais instructive de ces innombrables remarques écrites en rouge sur notre manuscrit. Fautes d’orthographe, lourdeurs de style, termes approximatifs, incohérences dans le récit, un correcteur traque dans votre texte tout ce qui est impropre, faux, malvenu, même si c’est minime. Le passage du correcteur est une école d’humilité pour l’écrivain qui n’avait pas fait attention au fait que la veste orange portée par son héros était devenue marron cent pages plus loin, qui ne sait si on écrit 15ème ou XVème arrondissement, ou qui hésite sur les accords du participe passé des verbes pronominaux. Humilité mais aussi sécurité (bon, d’accord, ce mot devient le leitmotiv de toute une société mais après tout il y a parfois des raisons). Un éditeur sans correcteur met ses auteurs en insécurité orthographique et stylistique. Alors que le plaisir d’un texte absolument propre, net, précis est immense.
Rendons donc hommage aux correcteurs et correctrices, souvent sous-payés. Une responsable de fabrication d’une maison d’édition du groupe Hachette nous racontait que le prix à la page payé à ses correcteurs était tellement indécent qu’elle gonflait le nombre de pages des ouvrages pour rectifier leur rémunération. Les gestionnaires semi-incultes qui tendent à multiplier leur contingent dans les rouages de l’édition (ce n’est pas du discours néo-gauchiste, c’est un fait) n’ont aucune idée de la valeur de ce travail qu’ils assimilent au mieux à une sorte de maquillage ou de coiffure pour texte. Comme si, au royaume des mots, les lettres étaient négligeables… alors qu’un chiffre d’erreur sur le code-barres ! Impensable… Il est flagrant qu’aujourd’hui, certaines collections, dans des maisons d’édition prestigieuses, se passent de vrais correcteurs, se contenant de faire relire à des lecteurs éclairés, les stagiaires par exemple. Les livres s’en ressentent.
Bon, cela dit, les pires, c’est nous. Pas de correcteur du tout. Nous avons toujours dit : plutôt personne qu’une personne exploitée. Alors, c’est promis. La première chose qu’on fera, si on devient prospère, c’est de faire corriger nos textes. En attendant, patientez. Sachez que c’est le prix de l’honnêteté.


La semaine prochaine, on vous parlera des avantages et des inconvénients d’être un/e auteur/e des éditions gaies et lesbiennes.

Wednesday, October 25, 2006

Elles sont arrivées ! Les jaquettes. Ni trop grandes ni trop petites. Ni trop claires ni trop sombres. On a poussé un énorme ouf de soulagement. Le livre, recouvert de sa nouvelle enveloppe, a été livré à notre distributeur qui a pu le mettre à l’office du lundi 23. En clair, la première salve des départs vers les librairies est tirée. Reste plus que le livre marche. Parce qu’en ce moment on ne peut pas se permettre de boire la tasse. Trop fragiles, nous sommes.

A certains moments, ce métier est difficile. Il l’est sans doute pour tous les maillons de la chaîne, des imprimeurs aux libraires, puisque depuis deux ans les ventes de livres ont baissé. On annonce sans cesse la reprise, comme si l’incantation allait déclencher le phénomène. C’est à peu près aussi efficace que de danser pour appeler la pluie (sans condescendance aucune, n’est-ce pas). Les acheteurs se raréfient. Personnellement, ça ne nous étonne pas. Avec l’augmentation des loyers, par exemple, ou la concurrence de toutes sortes de nouveaux médias qui ont également leurs vertus, le budget livre de nombreux lecteurs a chuté – nous le savons bien, c’est notre cas ! Les petits éditeurs souffrent. Surtout ceux dont la notoriété est faible et la légitimité remise en cause. Au moment de réduire les commandes ou de renvoyer les livres à l’éditeur, le choix se porte logiquement sur eux. Nous, pour tout dire, avec notre inscription identitaire et notre amour de la littérature populaire (un vice, c’est sûr, presque plus que le communautarisme), sommes particulièrement touchés. On serre les dents en espérant que ça va passer. Que Passerelles ou Génération Arc-en-ciel 2 va brusquement crever les plafonds : 2000, 3000, 5000… 30 000 exemplaires ! Au moment de reporter son crédit de TVA sur la ligne 27 du formulaire adressé tous les trois mois aux Impôts (on était en retard, encore, pour notre déclaration, alors qu’on s’était dit, toujours à l’heure maintenant), on espère : le trimestre prochain, on va en payer de la TVA, tellement on aura fait de bénéfices !

Chaque livre est un risque. On craint les petites mises en place, presque systématiques en ce moment. On est terrorisé par les retours (le libraire a un an pour renvoyer les livres qu’il a commandés, s’ils sont invendus ; il faut les rembourser, question trésorerie, c’est un cauchemar). Chaque livre nous fait rêver. Après tout, on l’a choisi parce qu’on l’aime. D’autres l’aimeront aussi. On a conseillé l’auteur pour parfaire le texte, on a peaufiné la mise en page, on éprouve une certaine exaltation à le voir se créer (même après dix ans d’exercice). L’édition, c’est imprévisible. Des livres qui devaient être des best-sellers restent dans leurs cartons ; des livres qui devaient rester confidentiels attirent tout à coup un lectorat venu d’on ne sait où. Sans le savoir, celui-ci sauve parfois la vie d’un éditeur. En tant qu’éditrices, on souhaite toujours un grand succès à nos auteurs. On a envie de les voir passer la rampe. Et puis, on y croit.

C’est vrai, il y a aussi des gens qui croient au yéti…


(La semaine prochaine, vous saurez pourquoi il y a des coquilles dans nos livres…)

Thursday, October 12, 2006

La Vraie vie d’une maison d’édition


La couv’ de Génération arc-en-ciel 2


Editeurs et imprimeurs entretiennent des relations complexes. Ils ont besoin les uns des autres, et ont en commun d’être passé de l’artisanat à l’industrie dans les décennies précédentes. Mais la procédure, pourtant relativement serrée qui préside à l’impression d’un livre, connaît de nombreux ratés : certains cahiers intérieurs peuvent être à l’envers, les couleurs de couverture être imprécises, une image « saute », les maquettes chassent et une ligne de décalage court de page en page, la jolie mise en page, finement ciselée, qui faisait qu’aucune veuve (dernière ligne de paragraphe isolée au début d’une page), aucun orphelin (première ligne de paragraphe isolée à la fin d’une page) ne traînaient, devient un magma informe. Un paragraphe est brusquement coupé et le chapitre finit en suspend.
Nous avons connu pire : dans l’un de nos textes, les voyelles accentuées avaient disparu de certaines pages, après qu’on eut corrigé une faute sur une page très éloignée de celles incriminées. Sur notre livre de photos, le premier tirage donnait au visage de Cyrille Thouvenin un teint de saumon fumé d’autant plus étonnant que le pelliculage (pose d’une fine pellicule qui protège la carte de couverture) bleuit les photos. C’est à cet instant de déterminer la source du problème, qui en est responsable et qui va payer. Délicat.
C’est souvent sur la version imprimée que les coquilles deviennent tout à coup perceptibles. Un de nos imprimeurs fut celui qui découvrit, après l’impression de plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires, que le célèbre dictionnaire qui tournait sur ses machines, comportait une faute d’orthographe sur la couverture : dictionnaire était écrit avec un seul n. Au pilon. C’est évidemment la hantise. Généralement les veilles de livraison d’un nouveau livre, on ne dort plus.
Pour Génération Arc-en-ciel 2, c’est problème sur problème. D’abord, par bonheur, notre imprimeur nous a envoyé quelques couvs en avance (avant que le livre ne soit broché, donc assemblé) et nous avons découvert qu’elles étaient totalement pâles, avec des couleurs passées. Impossible de sortir le bouquin ainsi. Le livre est carrément invisible tellement le manque de contraste est flagrant. Le souci provient d’une difficulté informatique : le profil colorimétrique de notre mac et très différent de celui de notre PC qui est très différent de celui de l’imprimeur. Nous sommes obligées de réimprimer la couverture (dur pour nos finances). Nous envoyons un nouveau fichier, il est sombre, cette fois. Nous sommes obligées de nous rendre chez l’imprimeur pour voir sur place, directement sur ses machines, si la nouvelle version est bonne. On signe directement sur la grande planche, non encore massicotée, où figurent quatre couvertures.
Ces péripéties nous font rater le premier office d’octobre ! Autrement dit, le jour où notre distributeur (celui qui achemine nos livres chez les libraires) prépare les cartons et commandes d’octobre. La sortie est repoussée de dix jours. Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines.
Le jour de la livraison, stupéfaction. Il y a une bande blanche de 5 mm (c’est énorme, ça se voit comme le nez au milieu de la figure) sur notre couverture, à gauche de la photo. C’est hideux.
Cauchemar. Enquête. Notre imprimeur trouve la source de l’erreur : un malentendu sur le format du livre. Il fait 5 mm de plus que prévu, la photo n’était pas suffisante pour couvrir cette largeur. Nous avons de la chance : notre imprimeur, avec qui nous travaillons depuis longtemps, est honnête et scrupuleux (on en connaît qui aurait tout nié). Il nous propose une solution : ajouter une jaquette, qu’il imprimera à ses frais, pour couvrir les livres. Il va donc falloir : faire une maquette (avec 5 mm de plus), vérifier les couleurs !, imprimer les jaquettes, rapatrier les livres de chez le distributeur, rajouter une jaquette sur chaque livre, renvoyer les livres chez le distributeur. Et espérer que c’est la dernière aventure de cette couv.

Vous saurez si cet espoir a eu des suites heureuses jeudi prochain.
Nous, on se met à la mise en page de la jaquette.

Tuesday, October 03, 2006

Bonjour à toutes et à tous. Ce blog est le blog d'Anne et Marine Rambach, les créatrices des éditions gaies et lesbiennes. Il sera tenu à jour tous les jeudis. N'hésitez pas à faire des commentaires !